Assises nationales des infirmiers en psychiatrie et en santé mentale
Version imprimable de http://psyassises.free.fr/index.php3?txt=&ass=7&id=2
BORDEAUX le 19/11/2005
Du fait humain au fait psychiatrique
Pourquoi une Charte de l'exercice professionnel

Pourquoi une Charte de l'Exercice Professionnel ?

A qui s'adresse ce travail ?

A toute la profession des infirmiers qui exercent en psychiatrie, au-delà des divergences associatives et syndicales, quelles que soient les orientations thérapeutiques.
Cette Charte de l'Exercice Professionnel s'inscrit dans une suite logique à la " Charte de Formation pour des Infirmiers en psychiatrie et en santé mentale", adoptée lors des 4èmes Assises Nationales des Infirmiers en Psychiatrie le 9 décembre 1995 à Albi.

Cette Charte est l'occasion de rappeler les valeurs et les axes de travail indispensables centrés sur les soins à la personne soignée.

Ce qui caractérise le champ des soins psychiatriques, ainsi que plus largement celui de la psychopathologie dans le champ social, c'est qu'il s'agit de prendre en compte la pensée malade: non seulement au niveau des personnes et/ou groupes, mais encore au niveau des relations sociales elles-même.

Parler d'une pensée malade, c'est dire qu'il existe un dysfonctionnement dans l'élaboration du rapport aux êtres et au monde, dans le refus ou l'impossibilité de se penser, le refus de l'altérité.

De cela témoigne, en cette période chahutée pour le système sanitaire dans son entier, notamment pour la psychiatrie, la diminution criante des capacités à soigner :

  1. Le manque de lits, et dans le même temps la considération du malade réduite au lit- d'où l'invention de termes comme "lit surnuméraire", "surcapacité", etc..

  2. Le morcellement de l'activité de l'infirmier(e), tant au niveau de la quotidienneté de la pratique que du délestage des tâches vers d'autres catégories professionnelles, ce qui altère la prise en charge globale des soins.

  3. La formation initiale non suffisante pour un exercice professionnel en psychiatrie( cf. Charte de Formation). Par exemple, une certaine méconnaissance des mécanismes projectifs fait que la violence est reçue par les soignants telle quelle, et comme adressée à soi ; d'où un risque de généralisation de pratiques réactionnelles et banalisées de la contention. Celle-ci, qui pose la question de la contenance, ne peut pourtant pas systématiquement en tenir lieu

  4. La diminution de l'accessibilité à la formation continue, parallèlement à la mise en place de la VAE ( Validation des Acquis de l'Expérience) qui, par définition survalorise les savoir-faire, au détriment d'une capacité à penser.

  5. La précarisation des professionnels dans leurs pratiques mêmes, à laquelle contribuent :

    a) l'absence d'un cadre de travail suffisamment stable pour les soignants, dû au "turn-over" du personnel ;

    b) les "transmissions ciblées" qui prétendent répondre à un souci de rationalité des pratiques de soins et tendent inéluctablement vers une réduction du contenu des observations et un appauvrissement de l'analyse des problématiques de soins.

    c) la diminution du temps des échanges - rationalisée, entre autres, par les transmissions ciblées, la multiplication des protocoles, etc... - vient attaquer l'existence même de l'équipe soignante. Celle-ci est seule véritablement porteuse des liens et de leur mise en sens par un travail en commun, socle essentiel de la continuité des soins en psychiatrie, à laquelle aucune technique de transmission ne peut répondre en tant que telle.

Au regard de ces considérations, il nous paraît important, et urgent, de réfléchir à ce que, dès le départ, nous avons nommé le fait psychiatrique.

D'où découle, selon nous, la nécessité professionnelle infirmière, notamment en psychiatrie, d'interroger la relation, la rencontre, la continuité des soins, le cadre thérapeutique, la permanence et la cohérence des soins dispensés en équipe.

Tous ces éléments sont précisément nommés et abordés dans le texte que nous vous proposons d'une Charte de l'Exercice Professionnel Infirmier en Psychiatrie et en Santé Mentale, qui vise à les inscrire comme référentiels significatifs du soin en psychiatrie et en santé mentale.

 

Version imprimable de http://psyassises.free.fr/index.php3?txt=&ass=7&id=2